Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Page 2 sur 2 Précédente  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 12:24 am

Jeune ménage

La chambre est ouverte au ciel bleu-turquin ;
Pas de place : des coffrets et des huches !
Dehors le mur est plein d'aristoloches
Où vibrent les gencives des lutins.

Que ce sont bien intrigues de génies
Cette dépense et ces désordres vains !
C'est la fée africaine qui fournit
La mûre, et les résilles dans les coins.

Plusieurs entrent, marraines mécontentes,
En pans de lumière dans les buffets,
Puis y restent ! le ménage s'absente
Peu sérieusement, et rien ne se fait.

Le marié a le vent qui le floue
Pendant son absence, ici, tout le temps.
Même des esprits des eaux, malfaisants
Entrent vaguer aux sphères de l'alcôve.

La nuit, l'amie oh ! la lune de miel
Cueillera leur sourire et remplira
De mille bandeaux de cuivre le ciel.
Puis ils auront affaire au malin rat.

- S'il n'arrive pas un feu follet blême,
Comme un coup de fusil, après des vêpres.
- Ô spectres saints et blancs de Bethléem,
Charmez plutôt le bleu de leur fenêtre !

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 12:24 am

Honte

Tant que la lame n'aura
Pas coupé cette cervelle,
Ce paquet blanc, vert et gras,
A vapeur jamais nouvelle,

(Ah ! Lui, devrait couper son
Nez, sa lèvre, ses oreilles,
Son ventre ! et faire abandon
De ses jambes ! ô merveille !)

Mais non ; vrai, je crois que tant
Que pour sa tête la lame,
Que les cailloux pour son flanc,
Que pour ses boyaux la flamme,

N'auront pas agi, l'enfant
Gêneur, la si sotte bête,
Ne doit cesser un instant
De ruser et d'être traître,

Comme un chat des Monts-Rocheux,
D'empuantir toutes sphères !
Qu'à sa mort pourtant, ô mon Dieu !
S'élève quelque prière !

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 12:24 am

Fêtes de la faim

Ma faim, Anne, Anne,
Fuis sur ton âne.

Si j'ai du goût, ce n'est guères
Que pour la terre et les pierres.
Dinn ! dinn ! dinn ! dinn ! Mangeons l'air,
Le roc, les charbons, le fer.

Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons !
Attirez le gai venin
Des liserons ;

Mangez
Les cailloux qu'un pauvre brise,
Les vieilles pierres d'église,
Les galets, fils des déluges,
Pains couchés aux vallées grises !

Mes faims, c'est les bouts d'air noir ;
L'azur sonneur ;
- C'est l'estomac qui me tire.
C'est le malheur.

Sur terre ont paru les feuilles !
Je vais aux chairs de fruit blettes.
Au sein du sillon je cueille
La doucette et la violette.

Ma faim, Anne, Anne !
Fuis sur ton âne.

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 12:25 am

Est-elle almée ?

Est-elle almée ?... aux premières heures bleues
Se détruira-t-elle comme les fleurs feues...
Devant la splendide étendue où l'on sente
Souffler la ville énormément florissante !

C'est trop beau ! c'est trop beau ! mais c'est nécessaire
- Pour la Pêcheuse et la chanson du Corsaire,
Et aussi puisque les derniers masques crurent
Encore aux fêtes de nuit sur la mer pure !

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 12:25 am

Entends comme brame

Entends comme brame
près des acacias
en avril la rame
viride du pois !

Dans sa vapeur nette,
vers Phoebé ! tu vois
s'agiter la tête
de saints d'autrefois...

Loin des claires meules
des caps, des beaux toits,
ces chers Anciens veulent
ce philtre sournois...

Or ni fériale
ni astrale ! n'est
la brume qu'exhale
ce nocturne effet.

Néanmoins ils restent,
- Sicile, Allemagne,
dans ce brouillard triste
et blêmi, justement !

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 12:26 am

Départ

Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et Visions !
Départ dans l'affection et le bruit neufs !

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 12:28 am

A vous maintenant de mettre quelques poèmes, s'il en manque, je crois avoir fait le tour ....


RIMBAUD c'est trop beau !!!

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par PUNZANO le Sam 05 Juil 2008, 3:37 pm

Le bateau ivre
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Que nous a chanté Léo FERRE

PUNZANO

TaureauChien
Messages : 305
Inscrit le : 17 Mai 2008
Age : 62

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par FORAMI le Sam 05 Juil 2008, 9:13 pm

Léo Ferré, né le 24 août 1916 à Monaco et mort le 14 juillet 1993 à Castellina in Chianti (Toscane), est un poète et musicien franco-monégasque, auteur-compositeur-interprète de chansons. Pendant sa période de création de 46 ans, Ferré aura été le plus prolifique chanteur d'expression française, en réalisant plus de 40 albums. Il vécut principalement à Monaco, à Paris, en Bretagne, dans le Lot et en Toscane.

FORAMI
Admin

BalanceCoq
Messages : 973
Inscrit le : 05 Mar 2008
Age : 62

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Sam 05 Juil 2008, 11:44 pm

Tout d'abord félicitations à Pun car celle qu'il a mise, je ne la connaissais pas
Ensuite merci à toi Dirss pour les infos très intéressantes !

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par PUNZANO le Dim 06 Juil 2008, 7:34 am

Moi ,je n'ai aucun mérite car aimant la poésie j'ai les oeuvres poétiques de Rimbaud,je ne dis pas dans ma bibliothéque mais dans mon fatras de livres que j'ai  dans mon bureau.Aujourd'hui il fais un temps à ne pas nommera+ jp

PUNZANO

TaureauChien
Messages : 305
Inscrit le : 17 Mai 2008
Age : 62

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par FORAMI le Dim 06 Juil 2008, 11:06 pm

Comment qu'il a vecu ce poète

FORAMI
Admin

BalanceCoq
Messages : 973
Inscrit le : 05 Mar 2008
Age : 62

Revenir en haut Aller en bas

ARTHUR RIMBAUD

Message par PUNZANO le Dim 06 Juil 2008, 11:35 pm

Arthur Rimbaud est né à Charleville, le 20 octobre 1854. Son père, Frédéric Rimbaud, capitaine d'armée, en garnison à Mézières, a participé à la campagne d'Algérie, pour laquelle il est récompensé de la Légion d'honneur. À un concert donné place de la Musique à Charleville[1], il aurait remarqué Vitalie Cuif, une jeune paysanne de Roche, petite bourgade près d'Attigny et installée à Charleville. Marié très vite avec elle, il repartira avec sa garnison, ne revenant que quelques rares fois, le temps de lui faire un enfant quasi « annuel ». Après la naissance de cinq enfants (Frédéric, Arthur, Victorine (décédée à l'âge d'un mois), Vitalie et Isabelle), il abandonne sa famille.

Au départ du père, Vitalie emménage avec ses enfants dans un taudis, rue Bourbon, une des plus misérables rues de Charleville. Arthur a alors 7 ans.

Il évoque cette période dans ses poèmes :

« L'âpre bise d'hiver qui se lamente au seuil
Souffle dans le logis son haleine morose ! […]
Et là, c'est comme un lit sans plumes, sans chaleur,
Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ;
Un nid que doit avoir glacé la bise amère… »
  — Extrait de Les Étrennes des orphelins

Sa mère, figure rigide et soucieuse d'éducation et de respectabilité, interdit ainsi à ses enfants de jouer dans la rue avec les enfants d'ouvriers. Le dimanche, on voit passer la famille à la queue-leu-leu, la mère fermant la marche vers l'église. Mais, dans ce foyer, Vitalie veille aussi sur ses enfants, et, si violente – et si naturelle – qu'ait été la révolte d'Arthur plus tard, c'est vers elle qu'il reviendra toujours, ou plus précisément auprès de sa sœur cadette Isabelle.

Arthur poursuit ses études à l'institution Rossat, puis au collège, où sa scolarité exceptionnelle montre sa prodigieuse précocité : il collectionne tous les prix d'excellence, en littérature, version, thème, et rédige avec virtuosité en latin des poèmes, des élégies, des dialogues. Mais son âme bout en lui :

« Tout le jour il suait d'obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits,
Semblaient prouver en lui d'âpres hypocrisies.
Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points. »
  — Extrait de Les Poètes de sept ans

En juillet 1869, il participe aux épreuves du Concours académique[2] de composition latine sur le thème « Jugurtha », qu'il remporte facilement. Le principal du collège M. Desdouets aurait dit de lui : « Rien de banal ne germe dans cette tête, ce sera le génie du Mal ou le génie du Bien. ». En obtenant tous les prix dès l’âge de 15 ans, il s'affranchit des humiliations de la petite enfance.
info sortie de WIKIPEDIA

PUNZANO

TaureauChien
Messages : 305
Inscrit le : 17 Mai 2008
Age : 62

Revenir en haut Aller en bas

Re: Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Message par M-Christine-Modératrice le Lun 07 Juil 2008, 10:34 pm

Merci Pun pour ce complément d'infos.
Il est vrai qu'il va falloir mettre de l'ordre dans ton bureau....Quel cirque ! je suis allée faire un petit tout et une vache n'y retrouverait pas son veau !

Je suis allée également voir ta galerie ! très très bien !
Et pour parler de la pluis et du mauvais temps, hé bien chez moi aussi, on est servi ! tempete de vent, pluie, presque des grelons et puis 5mn de soleil et ça recommence !

MARRE!!!!!!!!!!!!!!!!

M-Christine-Modératrice
Modérateur
Modérateur

PoissonsCheval
Messages : 2703
Inscrit le : 12 Mar 2008
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédente  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum